Suivre ses opérations en bourse : pourquoi le relevé du courtier ne suffit pas
Risque réellement pris, concentration des gains, frais cumulés, écart entre la décision et l'exécution : les angles morts du relevé de compte.
Relevé de courtier : ce qu'il ne dit pas de vos opérations
Un relevé de compte est un document exact. Il additionne les entrées et les sorties, applique les frais, arrête un solde, et personne ne lui reprochera son arithmétique. Il répond pourtant à une question comptable, celle de savoir ce que vaut le compte à une date donnée, quand l'investisseur particulier s'en pose une autre : celle de savoir si sa façon de décider fonctionne. Entre les deux, il manque tout ce qui n'a laissé aucune trace bancaire.
Cet écart n'est pas un défaut du courtier, dont le rôle s'arrête à l'exécution et à la tenue de compte. Il tient à ce qu'une opération de bourse porte deux histoires : celle de l'argent, qui figure au relevé, et celle de la décision, qui n'y figure jamais. Reconstituer la seconde suppose un registre tenu à côté, du simple tableur au journal dédié comme Tradoshi Trading Journal, dont le principe est de conserver ce que le relevé laisse tomber.
Ce que le relevé de courtier ne dit pas
Quatre angles morts reviennent chez la plupart des investisseurs particuliers, et aucun ne se lit dans un historique d'ordres
Le premier est le risque réellement pris. Le relevé montre le résultat d'une position, pas ce qu'elle mettait en jeu au moment où elle a été ouverte. Deux opérations qui rapportent la même somme n'ont pourtant pas la même valeur si l'une engageait une fraction modeste du portefeuille et l'autre une part que l'investisseur n'aurait pas accepté de perdre. Sans le niveau d'invalidation prévu à l'entrée, cette distinction disparaît, et avec elle la seule mesure qui permette de comparer deux décisions entre elles.
Le deuxième est la concentration des gains. Un solde annuel positif se lit comme une réussite d'ensemble, alors qu'il repose très souvent sur une poignée d'opérations, le reste s'annulant à peu près. Cette information change la lecture du portefeuille : elle dit que le résultat tient à quelques situations particulières, qu'il faudrait savoir reconnaître, et non à une méthode qui fonctionnerait en continu. Le relevé, qui présente une somme, la masque par construction.
Le troisième poste est celui des frais. Chacun est prélevé, donc visible, mais dispersé sur des dizaines de lignes et rarement rapporté au capital engagé. Courtage, droits de garde, change sur les titres étrangers, coût de portage sur les instruments à effet de levier : additionnés sur une année et rapportés au résultat brut, ils déplacent parfois la conclusion. C'est un calcul qu'aucun relevé ne présente et que peu d'investisseurs font.
Le quatrième est le plus difficile à retrouver après coup, l'écart entre la décision de départ et ce qui a été exécuté. L'ordre passé porte un prix et une quantité, pas l'intention qui l'a précédé. Une position sortie plus tôt que prévu, une taille augmentée en cours de route, un niveau de protection déplacé pour éviter d'être touché, tout cela s'inscrit au relevé comme une opération ordinaire. Ce qui a été modifié en chemin, et pour quelle raison, ne s'écrit nulle part.
Les données à consigner à chaque opération
Faire apparaître ces angles morts demande peu de champs, à condition de les tenir au moment de l'opération plutôt qu'à la fin de l'exercice. La règle est constante : ce qui relève de la décision se note avant l'exécution, parce qu'ensuite la mémoire réécrit.
Une ligne complète porte d'abord l'identité de l'opération, sa date et son heure, l'instrument, le sens, la quantité et le prix d'entrée. Viennent ensuite les deux champs qui font tout le travail : le niveau à partir duquel la position serait considérée comme fausse, et l'objectif visé. Le premier donne la perte acceptée, donc la part du portefeuille réellement engagée, et permet de vérifier que la taille en découlait au lieu d'avoir été choisie au jugé. Le second permet de comparer, plus tard, ce qui était attendu et ce qui s'est produit.
S'ajoutent les frais réellement prélevés, notés opération par opération plutôt qu'estimés en bloc, et le motif de la décision en une ligne, dans les mots de celui qui la prend. Ce dernier champ est le plus négligé et le plus utile : c'est le seul qui distingue une opération conforme à une méthode d'une opération prise pour d'autres raisons. La sortie referme la ligne, avec sa date, son prix et son motif, en séparant une sortie prévue d'une sortie décidée en cours de route.
Ce que la relecture fait apparaître au bout de six mois
Un registre tenu ainsi ne sert à rien le jour où il est rempli. Sa valeur apparaît à la relecture, quand le nombre de lignes devient suffisant pour que des régularités se détachent, ce qui demande en général quelques mois d'activité.
Classer les opérations par résultat fait apparaître la concentration en un instant, et pose la question de savoir ce que ces quelques situations avaient en commun. Rapprocher le motif écrit à l'entrée du résultat obtenu sépare les décisions conformes à la méthode de celles qui ne l'étaient pas, et l'écart entre les deux groupes est souvent plus net qu'attendu. Comparer les sorties prévues aux sorties anticipées mesure ce que coûte l'impatience. Cumuler enfin les frais et les rapporter au résultat brut donne la part du travail qui a servi à payer l'intermédiaire.
Aucun de ces quatre calculs n'exige d'outil particulier, un tableur suffit. Tous exigent en revanche une donnée que le relevé de courtier ne contient pas et qui ne se reconstitue pas après coup : ce que l'investisseur avait en tête au moment d'engager son argent. C'est la raison pour laquelle un tel registre se tient à l'entrée, et non au moment des comptes.
Top articles
Vous avez aimé cet article ?
Marquez Infinance comme source préférée : nos articles remonteront pour vous dans Google.
Suivre Infinance dans Google