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Le revenu universel : un sujet qui divise

Le revenu universel : un sujet qui diviseLe revenu universel est un sujet dont on entend beaucoup parler en ce moment. Cette mesure phare du programme de Benoît Hamon risque de sombrer en même temps que les intentions de vote pour ce candidat... Malgré tout, l'idée d'assurer à tous un revenu minimum continue de faire son chemin et de faire débat. Nous vous proposons de faire le point sur ce sujet qui divise le monde politique et l'opinion.

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C'est quoi exactement ?

Les partisans d'un revenu universel défendent l'idée de verser à chaque citoyen une allocation mensuelle suffisante pour vivre, sans conditions de ressources.

Le principal objectif de cette mesure serait de garantir à tous un revenu suffisant pour satisfaire ses besoins élémentaires, quels que soient la manière dont il vit et ce qu'il fait.

Pour compléter ce "minimum garanti", ceux qui le souhaitent seraient libres de travailler.

Même si cette idée a fait couler beaucoup d'encre pendant les primaires et la campagne présidentielle 2017, il faut noter qu'elle n'est pas nouvelle !

En effet, des économistes et des philosophes comme Milton Friedman, Michel Foucault, Karl Marx ou encore Jean-Jacques Rousseau ont défendu, chacun à leur manière, la notion de revenu de base. 

Quels sont les arguments pour ?

Selon ses partisans, le revenu universel permettrait :

=> d'éradiquer la pauvreté en donnant à tous les moyens de vivre décemment

=> de remplacer les aides sociales existantes et donc de réduire le nombre de fonctionnaires chargés de les gérer, la paperasse et les coûts

=> de valoriser "le travail non rémunéré", notamment celui des femmes au foyer et des bénévoles au sein des associations

=> d'encourager les chômeurs à accepter des postes mal payés ou temporaires, en complément de ce revenu de base

=> pour certaines personnes, de continuer leurs études ou de se former à de nouveaux métiers et donc de redynamiser le marché de l'emploi

=> à l'avenir, de protéger les salariés dont le poste est menacé par les nouvelles technologies et l'automatisation des tâches.

Selon le Forum économique mondial, d'ici 2020, les robots et l'impression 3D risquent de détruire 7,1 millions d'emplois dans le monde et d'en créer seulement 2,1 millions en contrepartie.

Dans son programme des primaire, Benoît Hamon défendait cette mesure en la qualifiant d'"outil d'émancipation individuelle" ayant vocation à "libérer nos concitoyens de la peur de l'avenir et de ses aléas financiers" et à "faciliter les reconversions".

Pour sa part, l'écologiste Yannick Jadot se rallie à cette idée au nom de l'épanouissement personnel : libérés de la nécessité d'accepter n'importe quel emploi pour vivre, les citoyens auraient réellement la possibilité de choisir leurs activités, pas forcément rémunérées...

Ils pourraient alors privilégier d'autres activités utiles à la société comme le bénévolat, l'éducation de leurs enfants ou le soutien à un proche malade.

Quels sont les arguments contre ?

D'un autre côté, la notion de revenu universel divise, même au sein de la gauche. Au-delà des doutes émis sur sa faisabilité, cette mesure fait débat pour des raisons idéologiques.

Elle implique en effet de repenser la place du travail dans la société, les politiques de lutte contre le chômage et la notion même de protection sociale.

Même chez ses partisans, cette idée peut servir des projets politiques très différents : les montants proposés vont de 450 à plus de 1000 euros par personne et par mois, selon que ce revenu a pour but d'assurer un minimum ou de permettre aux gens de vivre.

L'extrême-gauche et une partie de la gauche s'y opposent au nom de l'importance du travail pour trouver sa place dans la société.

Vincent Peillon y voit ainsi "une idée très libérale qui consiste à dire que nous renonçons à ce que chacun soit inclus dans la société. La dignité de chacun passe par un travail."

Quant à la droite, elle dénonce une dérive possible vers une société de l'assistanat ou du farniente.

En résumé, les détracteurs de cette allocation universelle avancent que :

=> la mise en place de cette mesure coûterait trop cher et entraînerait une hausse des impôts

=> ce revenu découragerait les gens de travailler et favoriserait l'oisiveté, voire des comportements délétères pour la société

=> cette aide ne serait pas équitable, puisqu'elle serait versée à des personnes qui n'en ont pas besoin

=> elle serait injuste car elle laisserait à certains la tâche de travailler et de générer de la richesse

=> elle favoriserait les emplois précaires, à temps partiel et moins bien payés

=> elle ne permettrait pas l'insertion de tous dans la société, mais laisserait les plus démunis "en marge"

=> elle signerait la fin de notre modèle social (avec une Sécurité sociale reposant sur un système de cotisations issues en grande partie du travail).

Quel avenir pour cette idée ?

Même si elle est très controversée, l'idée d'un revenu universel devrait continuer à faire son chemin.

Faut-il y voir une solution à la pauvreté ou une forme de renoncement à créer des emplois ? Le débat reste ouvert.

Ce qui est sûr, c'est que les politiques sociales, de droite comme de gauche, vont devoir s'adapter :
=> pour rationaliser les prestations existantes
=> pour combler les trous de la couverture sociale
=> pour permettre l'insertion de tous dans la société, y compris les "NEET", ces jeunes "ni en emploi, ni en études, ni en formation" qui représentent 1,8 million de personnes de 15 à 29 ans.


Auteur :   |   Date de création : 21/04/2017   
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